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  • Rachel Ferrere

L'autre et moi au temps du coronavirus: de la mise à distance au confinement, abandon et étouffement


L'effraction du coronavirus dans nos vies crée des situations sociales aux enjeux psychologiques importants au sein desquels la relation à l'autre va être en permanence requestionner. L'ennemi soit disant invisible prend un visage humain, il se matérialise sous la forme de mon voisin, de mon ami, de mes parents, de mes enfants, de mon partenaire de vie. Cet autre dont je dois me tenir éloigné ou cet autre avec qui je suis enfermé. L'autre comme un danger potentiel, l'autre comme ma victime potentielle, l'autre que je ne peux plus toucher, l'autre dont je ne peux plus me débarrasser, l'autre qui n'est pas là. La situation de confinement va réveiller, en fonction des situations familiales et des niveaux de sécurité affective de chacun, des blessures et angoisses massives : angoisse d'abandon pour les plus isolés, angoisse d'intrusion pour les autres, ou encore angoisse de perte de l'autre et angoisse de néantisation.


Le risque est de tomber dans le clivage : l'autre devient soit tout bon, soit tout mauvais. A mon tour je deviens tout bon ou tout mauvais. N'est-ce pas les messages sous-jacents ( et incontournables) des mesures sanitaires : aujourd'hui pour survivre il faut nécessairement étiqueter et classer : il y a ceux qui sont diagnostiqués Covid19 = mauvais objets; ceux qui ont été exposés = mauvais objets; ceux qui présentent des signes grippaux classiques = mauvais objets; et les biens portants qui pourraient potentiellement être des porteurs sains = mauvais objet. Ainsi dans ce contexte de pandémie, nous devenons tous des mauvais objets. Les relations se vivent sous le prisme de ce que Bergeret appelle "la violence fondamentale", ce fantasme qui vient nous raconter que l'on ne peut pas exister à deux dans cette relation, "c'est lui ou moi, je le détruis ou il me détruit".


Et comme nous ne pouvons pas survivre psychiquement à un milieu strictement hostile, nous créons de bons objets, des objets parfaits, solides, que nous idéalisons bien légitimement : nos héros du quotidien, ceux qui nous sauvent, qui nous protègent, qui nous nourrissent, des figures très maternelles en somme. Attention, ces héros ne portent pas en eux l'immortalité, ils ne sont pas tout-puissants, ils sont fragiles, parfois défaillants, juste humains. Aidons les dans leur rôle, aidons-les à nous aider. Aidez-vous, aidez l'autre. L'autre n'est que le reflet de votre parfaite imperfection.


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Rachel FERRERE